md15627341487I LES MOUCHES

De l’antiquité Grecque au XXème siècle, le diabète est une malédiction. Les type 1 tombent comme des mouches au bout de quelques semaines d’agonie, et les type 2 pourrissent lentement en compagnie des mêmes mouches, qui tournent autour de leur toge, attirées par les quantités de sucre qu’ils urinent, et l’acétone qu’ils exhudent.

Le XIXème siècle commence à s’occuper du problème. Les diabétiques de type 1 peuvent être guéris par le « régime de famine » qui limite l’apport calorique quotidien à 200Kcal : une salade verte par jour, une salade assaisonnée le dimanche. Et la mort, de faim, au bout de deux mois .
Les type 2 bénéficient de traitements dont on ne peut dire grand-chose, puisque personne ne les a trouvé assez bons pour les pérenniser. Dans La médecine végétale, le Dr Narodetzky indique comme traitement souverain les comprimés du Dr Sokel, combinés à l’élixir Spark.

Mais c’est alors que commence…

II LA MAUVAISE RÉPUTATION

A la fin du XIXème siècle, voici ce que Narodetzky pense des diabétiques : « Ceux qui sont précisément atteints, sont des individus qui ont peiné du cerveau, qui ont eu des malheurs ; ceux qui ont mené une vie de débauche et de plaisir, ceux qui ont fait abus des émotions violentes. »

En 1935, le Dr Anna Fisher, dans La femme médecin du foyer, conçoit le diabète comme une maladie mentale, déclenchée par la vessie.

En 1955 , le Dr André Soubiran dépeint dans L’ île aux fous un diabétique frustré par son impuissance, qui tue froidement son épouse.

En 1977, je deviens diabétique. Le Professeur Lestradet explique à ma maman que je vais devenir méchant.

Depuis les années 90, la série NY Unité Spéciale compte quatre types de prédateurs récurrents : le prof, le prêtre, le photographe, le diabétique (https://www.hypnoseries.tv/new-york-unite-sp/guide-episodes/saison-10/episode-1002/resume-long.49.695). Que ceux et celles qui, comme moi, sont diabétiques, professeurs et photographes amateurs lèvent le doigt, surtout s’ils n’ont encore tué personne!

Mars 2015 : un praticien tourmenté, le Dr Michèle Serrand, déclare qu’Alzheimer est une troisième forme de diabète, et préconise son traitement par le régime cétogène, proche du régime de famine.

En Février 2016, je sers le café dans le club-house de l’école d’équitation de ma fille. Une maman me confie qu’elle ne se mariera jamais avec un diabétique. Elle me raconte alors que ses deux parents, qui étaient infirmiers, lui avaient expliqué qu’un diabétique était un salaud, un porteur de malheur, un pauvre type qui allait transmettre ses gènes défectueux à ses enfants. Sympa pour Emilie, qui chevauche Malko derrière le mur.

III OUR NADA WHO ART IN NADA

Au moins, il y a 40 ans, l’espoir régnait. Le pancréas artificiel, la cyclosporine puis la xénogreffe d’îlots de Langerhans étaient imminents. J’ ai passé toute mon enfance à entendre des médecins AJD certifier que ce serait fini dans cinq ans. Le plus pessimiste de mes interlocuteurs m’a promis la guérison « pour dans 10 ans », en 1983. C’était un chauffeur de taxi niçois.

Puis on m’ a dit que rien ne m’arriverait si je faisais attention. Quand j ai eu 24 ans, le Dr Cahané m’a expliqué que je deviendrai impuissant et que je ferai de l’insuffisance rénale, à moins qu’un infarctus indolore n’ait pitié de moi.

Il semble que les ados diabétiques d’aujourd’hui ne se laissent pas trop bercer d’illusions. Mais il semble aussi que le déni massif soit à la mode, et que l’arrêt volontaire du traitement par les jeunes DT1 soit fréquent. Est-ce si étonnant, quand on sait que les derniers progrès sont, au mieux, non pris en charge et pas donnés (glycémie intersticielle), au pire sabordés (insulines par voie nasale), ou semblent bloqués depuis 20 ans (xénogreffe)?

Grégoire Boudsocq

Vous pouvez tenter de me consoler à lecafardmystere@yahoo.co.uk
Pour toute réclamation ou autodafé, voir la BNF, la BIUS ou le Ministère de la Santé.


A propos de Grégoire Boudsocq

Né en 1971, diabétique de type 1 depuis 1977, à la suite d’un traitement corticoïde. Marié, 1 enfant, invalide avec obligation de travail depuis 2004, sans emploi depuis 2012.