Diabète et méchant

Tout espérer, ne rien attendre.

Auteur : Frédérique Georges-Pichot

UN BLOG À SUIVRE (ESSAIS CLINIQUES SUR L’HOMME DE TRAITEMENTS POUR GUERIR LE DT1)

Vanité à la seringue Un grand merci à Sébastien Lacombe d’avoir attiré notre attention sur cet excellent blog d’outre-Atlantique : http://cureresearch4type1diabetes.blogspot.fr

Son auteur, Joshua Levy, suit et décortique depuis 2008 l’actualité de la recherche concernant les essais cliniques sur l’homme de traitements visant à guérir le diabète de type 1.

Ce travail est précieux, notamment par la mise en contexte qu’il opère des annonces triomphalistes faisant régulièrement les « gros titres ».

RETOUR SUR UNE DECOUVERTE RECENTE : PETIT ESSAI DE VULGARISATION ET DE MISE EN PERSPECTIVE

Îlot de Langerhans

Il a été question récemment dans les médias (et sur notre site) d’une découverte faite par Patrick Collombat et son équipe de l’Institut de biologie Valrose, rattachée à l’Inserm.

Voici résumé en quelques mots ce que dit à ce sujet le site de l’Inserm : le GABA (ou acide gamma-aminobutyrique) induirait la transformation des cellules alpha du pancréas, productrices de glucagon (hyperglycémiant), en cellules bêta, productrices d’insuline (hypoglycémiante) ; cette observation se vérifierait in vivo chez la souris, in vitro sur les îlots de Langerhans humains mis en culture en présence de GABA, ainsi que sur les îlots de Langerhans humains transplantés chez des souris recevant ensuite une supplémentation alimentaire quotidienne en GABA.

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« DIABETES ISN’T EVEN THAT BAD » EN FRANÇAIS

Traduction du texte de Mary Belle Johnson (https://beyondtype1.org/diabetes-isnt-even-that-bad, sur Beyond Type 1) par Frédérique Georges-Pichot.

LE DIABETE, C’EST PAS SI MECHANT

Je vais vous expliquer pourquoi cette affirmation est une grosse connerie.

1. Nos corps sont en guerre contre eux-mêmes.

2. Nous mettons plus longtemps à cicatriser quand nous nous blessons et nous mettons plus longtemps à guérir quand nous sommes malades parce que notre système immunitaire est en vrac.

3. Nous pouvons mourir n’importe quand sans préavis.

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FREESTYLE LIBRE D’ABBOTT : HISTOIRE DE MES MALHEURS

Il a déjà été question plusieurs fois sur ce site du capteur de glycémie en continu FreeStyle Libre d’Abbott, pour dire à quel point ce dispositif est utile, surtout si on le compare aux traditionnelles bandelettes.

Encore faut-il ne pas y être allergique, comme c’est malheureusement mon cas.

Lors de ma première tentative, j’avais collé le capteur à même la peau, comme préconisé par le fabricant. Au bout de trois ou quatre jours, j’étais prise d’intenses démangeaisons au bras : sous l’adhésif du capteur lui-même, plus de peau et, sur le reste du bras, de petites pustules rouge vif grattant fortement. Je me suis dit que je devais être allergique à la colle du pansement.

Seconde tentative : j’interpose entre la peau et le capteur un pansement Com*eed, après avoir testé pendant plusieurs jours que je ne suis pas allergique à ce dernier et qu’il colle bien. Vingt-quatre heures après la pose du capteur, mêmes pustules que la fois précédente : je jette l’éponge.

Visuellement, ça donne ça :

Allergie FreeStyle Libre 1

C’est bien rouge…

Allergie FreeStyle Libre 2

Et ça fait des petites cloques.

J’ai signalé le problème à Abbott. Leur réponse consiste à remplacer les capteurs dont l’utilisation a dû être interrompue à cause de l’allergie. C’est commerçant mais ça ne résout pas vraiment le problème.

Or ils ne veulent se prononcer ni sur la cause possible de la réaction cutanée ni sur les éventuels moyens de l’éviter : pour cela, ils vous renvoient vers votre médecin, qui ne sait pas en quoi les capteurs sont faits et qui n’en pourrait mais de toute façon. On tourne un peu en rond…

Bref, si vous avez le même souci, n’hésitez pas à laisser un commentaire ou à nous contacter : ça peut être intéressant de mutualiser !

L’INSULINE VA ENCORE RESTER BÊTE UN MOMENT

Insuline "historique"

L’insuline intelligente : une hormone qu’on injecterait et qui se calerait automatiquement sur nos besoins. C’est une des pistes explorées par l’industrie pharmaceutique (le modèle économique est le même que celui de l’insuline « pas intelligente »), et c’est une des plus intéressantes pour nous à moyen terme : si elle ne guérit pas le diabète, elle en limiterait considérablement les méfaits.

Mais on n’est pas rendus, comme le montre la synthèse très complète publiée par diaTribe® dont voici la traduction française ci-dessous.

http://diatribe.org/getting-glucose-responsive-insulin-how-smart-will-it-be

Vers l’insuline gluco-sensible – Sera-t-elle vraiment si « intelligente » que ça ?

20/05/2016
Emily Regier, Alexander Wolf et Kelly Close
Traduit par Frédérique Georges-Pichot

Un atelier organisé par la JDRF et le Helmsley Charitable Trust clarifie ce que l’on peut attendre de l’insuline gluco-sensible.

Notre équipe vient d’assister à l’atelier sur l’insuline gluco-sensible (Glucose Responsive Insulin, GRI) organisé à New York par la JDRF et le Helmsley Charitable Trust. Cet événement hautement interactif réunissait des universitaires, des chercheurs, des industriels, des financeurs et des représentants des patients, dont Kelly Close pour diaTribe, afin de dresser l’état des lieux des recherches en cours sur l’insuline gluco-sensible (également connue sous le nom d’insuline « intelligente »). En théorie, cette insuline de nouvelle génération devrait agir automatiquement en fonction du taux de glucose dans le sang : si le taux de sucre augmente, l’insuline agit plus (ou est libérée en plus grande quantité) et, à l’inverse, si le taux de sucre diminue, l’insuline agit moins (ou est libérée en moins grande quantité).

Le scénario à long terme le plus favorable, conduisant à l’insuline intelligente « parfaite », est très attrayant pour les diabétiques traités à l’insuline : une injection par jour, un taux de glucose sanguin qui reste dans l’objectif sans aucune hypoglycémie, plus besoin de compter les glucides ni d’estimer les doses d’insuline correspondantes, plus d’angoisses liées au traitement, en résumé, bien plus de sécurité et bien moins de stress. Mais, en réalité, comme les leaders du domaine l’ont souligné lors de l’atelier, l’insuline gluco-sensible n’en est qu’à ses tout débuts et sa mise au point se fera sans doute par étapes : les premières de ces insulines offriront probablement certains des bénéfices espérés, mais pas tous.

Sujets abordés durant l’atelier

En quoi consistera l’insuline intelligente « parfaite » ? Comment les produits de première génération se situeront-ils par rapport à ce « Graal » ?

Les intervenants se sont accordés à dire qu’une insuline gluco-sensible parfaite pouvait constituer à terme une véritable révolution pour les diabétiques. Dans son discours d’ouverture de la rencontre, le Docteur Sanjoy Dutta (JDRF, New York) a souligné que, si ces recherches aboutissaient, cela réduirait la complexité, le fardeau, le caractère invasif et la dangerosité du diabète de type 1 (et, plus largement, du diabète de type 2 insulino-traité). Il a livré sa description de l’insuline gluco-sensible idéale : un traitement pris une fois par jour, permettant d’administrer la bonne quantité d’insuline au bon moment et au bon endroit, de manière à maintenir le taux de sucre dans le sang dans l’objectif avec des risques d’hypoglycémie minimes voire nuls. Extraordinaire, non ?

Toutefois, les discussions ont porté essentiellement non sur l’insuline gluco-sensible « idéale », mais sur les produits de première génération et sur les attentes que l’on pouvait raisonnablement nourrir à leur sujet. Si tous les participants sont tombés d’accord pour dire que l’insuline gluco-sensible de première génération constituerait une avancée significative en attendant le développement du produit idéal, il y a eu quelques divergences d’opinion sur ce en quoi le premier produit devrait consister exactement. Le Dr Dutta a partagé la liste provisionnelle dressée par la JDRF des caractéristiques attendues, d’une part, de l’insuline gluco-sensible « idéale », d’autre part, de l’insuline gluco-sensible « de première génération », tout en insistant sur le fait que cette liste n’était aucunement définitive :

Insuline gluco-sensible de première génération Insuline gluco-sensible idéale
Aide à gérer les repas mais ne remplace peut-être pas l’insuline basale Remplace toutes les autres insulines
Une ou deux injections par jour Une injection par jour
2 ou 3 contrôles de glycémie par jour 1 contrôle de glycémie par jour, voire 0
Réduction du taux d’HbA1c de 0,5%, efficacité comparable à celle des insulines actuelles Réduction du taux d’HbA1c d’environ 0,7%, efficacité supérieure à celle des insulines actuelles
Glycémie dans la fourchette 70-130 mg/dl environ 60% du temps. Selon certains, ce scénario serait trop optimiste et il faudrait retenir un objectif de 80% du temps passé dans la fourchette 90-150 mg/dl, plus sûr et plus réaliste. Glycémie dans la fourchette 70-130 mg/dl environ 80% du temps
1 hypoglycémie par semaine, voire 0. Les participants se sont accordés à dire qu’il fallait préciser ce qu’on entendait par « hypoglycémie » et ont avancé le chiffre de moins de 5 hypoglycémies légères par semaine comme plus adéquat. 1 hypoglycémie par mois, voire 0
Prise de poids de 0,5 kg, du même ordre qu’avec les insulines actuelles Prise de poids négligeable
Réduction du stress lié à la gestion du diabète Réduction du stress lié à la gestion du diabète
Aucune complication liée à l’utilisation prolongée du produit Aucune complication liée à l’utilisation prolongée du produit

Durant l’atelier, d’autres idées ont été mises en avant pour le développement des insulines gluco-sensibles de première génération, notamment : (i) combiner deux insulines différentes, l’une pour les taux de glucose bas, l’autre pour les taux de glucose élevés ; (ii) développer jusqu’à 5 produits ciblant différentes populations (sportifs, femmes enceintes, personnes ne ressentant plus les hypoglycémies…) ; (iii) développer un produit ne s’adressant qu’aux diabétiques de type 2 ; (iv) ajouter une insuline gluco-sensible post-prandiale en complément de l’insuline basale existante ; (v) ajouter une insuline basale gluco-sensible en complément de l’insuline basale existante.

Comment gérer les attentes des patients ?

Dans son exposé, Kelly Close, de la fondation diaTribe, a souligné le fait que l’insuline gluco-sensible fait naître de grands espoirs et qu’en conséquence les industriels et les chercheurs doivent veiller à ce que les attentes créées chez les diabétiques soient réalistes, tout en se préoccupant de l’accès à l’insuline gluco-sensible. Ces points sont très importants pour éviter que les produits de première génération ne suscitent la déception, alors même qu’ils pourraient apporter des améliorations par rapport aux insulines actuelles malgré leurs imperfections (ex. : insuline gluco-sensible ne couvrant que les repas ou requérant deux injections par jour). Kelly Close a présenté les données d’une enquête conduite par la société d’étude de marché spécialisée dans le diabète dQ&A (contactez dQ&A ici pour savoir comment rejoindre leur panel de patients), enquête qui montre que seulement 46% des patients sont « très satisfaits » des insulines actuelles, alors même que l’insuline existe depuis près de 100 ans !

Au vu de ce niveau de satisfaction relativement bas, beaucoup sont enthousiastes à l’idée d’une insuline intelligente et certains diabétiques l’assimilent même à une guérison. Ceux qui travaillent sur l’insuline gluco-sensible doivent donc communiquer clairement sur les étapes du chemin vers l’insuline intelligente « idéale » et sur ce que feront réellement les produits de première génération.

Qui aura accès à l’insuline intelligente ?

« Voulons-nous d’un nouveau médicament contre le diabète… que seuls quelques-uns peuvent s’offrir ? » : telle a été la question posée par le Dr Irl Hirsch, qui a soulevé dans sa présentation le problème de l’accès à l’insuline gluco-sensible. Le Dr Hirsch s’est demandé si le développement de solutions innovantes telles que l’insuline gluco-sensible devait être considéré comme une priorité, alors que des millions de personnes aux Etats-Unis et dans le monde n’ont même pas les moyens de se procurer les insulines conventionnelles. Sa conclusion a été qu’il valait la peine de poursuivre les recherches sur l’insuline gluco-sensible, à condition de s’employer à démontrer une réduction des coûts à court et à long terme (ex. : diminution du nombre d’hypoglycémies sévères). En effet, même si des insulines innovantes sont mises au point et autorisées, les patients n’y auront accès que si les organismes payeurs les financent.

Qui travaille sur l’insuline intelligente ?

Le Dr Matthew Tremblay (Calibr, La Jolla, Californie) a présenté un panorama des entreprises et des équipes de chercheurs qui tentent de développer des insulines gluco-sensibles : plus de 11 groupes travaillent actuellement sur des projets d’insuline intelligente. Tous ces projets sont à un stade très précoce : l’un d’eux (l’insuline MK-2640 de Merck) en est aux essais cliniques de phase 1, tandis que tous les autres font encore l’objet de tests sur l’animal. Les différentes équipes ont une grande diversité d’approches, allant du développement d’un patch à insuline intelligent (University of North Carolina/North Carolina State University) à celui de nanoparticules gluco-sensibles (Monash University). Les trois principaux fabricants d’insuline – Sanofi, Lilly et Novo Nordisk – travaillent également sur l’insuline intelligente et récemment, en février 2016, Lilly a acheté la technologie d’une start-up, Glycostasis. Nous saluons la JRDF, Sanofi et le programme Pathways de l’American Diabetes Association pour leur soutien financier à beaucoup de ces projets (en savoir plus sur le partenariat entre la JDRF et Sanofi visant à encourager le développement de l’insuline intelligente et sur le programme Pathways de l’American Diabetes Association).

2016 - Diabète et Méchant