Diabète et méchant

Tout espérer, ne rien attendre.

JOURNEE DE TYPE 1

Le Grand Huit7h : je me lève fatiguée, le réveil sonne depuis 20 minutes.
Je mesure ma glycémie : 0,52.
Direction la cuisine pour un petit déjeuner habituel, mais au lieu de débuter par mon injection, je la ferai juste après avoir mangé.

9h15 : arrivée au boulot, avec 10 minutes de retard. Bon, pour quelques minutes, j’accuse le RER en pensant intérieurement que ce soir, il faudra me coucher avec une glycémie à 1,5. Ce serait idéal si je veux éviter une nouvelle hypoglycémie au réveil…

9h30 : tiens, tout le monde est au café. On me fait gentiment remarquer que j’ai une « petite mine », tout en m’accusant d’avoir encore fait des folies la nuit dernière. Mais oui, bien sûr, s’ils savaient toutes les folies que l’on peut faire avec un stylo à insuline, ils s’éclateraient aussi.
Mon collègue François a apporté un gâteau qui a l’air délicieux, je me laisserais bien tenter… non non non, sois forte, de toute façon, pas le temps !

10h : check glycémie : 1,90. C’est plus élevé que je n’imaginais. Contre-coup de l’hypoglycémie de ce matin, insuline mal injectée ou insuline arrivée trop tardivement, qui agit encore ? La prochaine fois, je ferai l’injection pendant le petit déjeuner, et non juste après.

10h45 : 2,20. Hmm, ma glycémie continue d’augmenter. Je corrige avec 2 unités d’insuline rapide. Je suis déjà affamée, mon ventre le prouve à tout le bureau mais tant pis, j’attends la pause du midi.

12h : mesure de la glycémie : 1,80.
Cool, ça redescend. Avec un peu de chance, ça va se stabiliser.
Mon chef me rappelle la réunion de la fin de la semaine, pour laquelle je n’ai pas encore rendu mon dossier. Ah, oui, sur le moment, je ne pensais plus à cette priorité…

13h : l’heure de la cantine, enfin !
Vérification de la glycémie : 1,60. J’ai tellement faim que je me jetterais sur les frites même crues. Plus raisonnablement, ce sera crudités, poulet brocolis, riz et en petit plaisir du midi, une danette au chocolat, whouuu !
Et avec ceci, ce sera 7 unités de rapide. D’ailleurs, les collègues semblent absorbés dans leur conversation, c’est le bon moment : je me cache derrière mon plateau et mon sac, et hop, avant même de commencer à manger, injection discrète.
En observant l’assiette de ma voisine, l’envie de frites me revient… j’en prendrai demain.
À la fin du repas, j’emporte le pain non consommé au cas où.

13h45 : un doute m’assaille : j’ai peut-être injecté trop d’insuline, compte tenu que le riz était un peu sec et que je ne l’ai pas fini… Par précaution, je m’autorise une part du cake de François. Miam, ce n’est pas mauvais. Une deuxième part me tenterait bien mais on va encore me dire « de faire attention à mon sucre ».

15h : je commence à ressentir des tremblements et quelques suées. Je vérifie ma glycémie : 0,45.
Okaaay, tout va bien, je m’en doutais, j’ai juste envie de m’engouffrer le gâteau de François en entier, qui n’était pas si bon mais là je m’en fous, en plus je n’ai pas faim, en vrai je veux un rocher Suchard mais je n’en ai pas sous la main, tiens, mes doigts tremblent tellement qu’avec mon stylo dans les mains, il semble tout mou, j’aurais dû manger tout le riz, pourquoi ça m’arrive à moi, ça m’écœure de penser à manger, pourquoi j’ai l’impression de porter le poids du monde, de toute façon le riz n’a pas le même effet que les pâtes, et pourquoi ce fichu gâteau se trouve à des kilomètres de moi, si j’avais su j’aurais pris des frites, vivement chez moi que je dorme.

15h02 : j’absorbe une brique de jus d’orange et grignote un morceau de pain. J’ignore le téléphone qui sonne. Même si c’est important, même en accomplissant un effort surhumain, je ne suis pas en état de comprendre mon interlocuteur.

15h10 : mon chef vient me parler. Je fais illusion, je me sens déjà mieux.

15h15 : il m’a dit quoi, déjà ?

16h : mesure à 1,40. Le jus d’orange a fait son effet, mais je ressens une forte somnolence, contre-coup probable de la violence de l’hypoglycémie.

17h : je suis au taquet, je vais peut-être arriver à terminer ce travail urgent.

18h : glycémie à 1,92. Pfff, le pain, plus lent, a dû rentrer en action. Pourvu que ça ne monte pas plus. J’attends encore avant de corriger.

19h : dans les transports, après un bilan sur les variations de ma glycémie, je me demande ce que je vais manger ce soir pour ne pas être en hyperglycémie toute la nuit, tout en me rappelant que j’ai oublié de rendre un dossier à un collègue et que je dois envoyer un chèque à l’assurance… sans oublier de vérifier ma glycémie (2,20).

19h45 : le choix du menu s’est arrêté sur omelette, salade verte et haricots verts. Et un carré de chocolat, voire deux… car j’ai survécu à cette journée et que je le vaux bien (ha ha). J’hésite à m’injecter 4 ou 5 unités. Difficile à calculer précisément, car tout en voulant contrer l’hyperglycémie, je ne veux pas reproduire l’épisode de ce midi. Je tranche en m’injectant 4 unités, quitte à corriger plus tard.

22h : vérification de la glycémie : 1,9. Yes ! Si je me couche maintenant, ma glycémie devrait être correcte pour cette nuit.

23h : ma glycémie monte à 2,6. Je me disais aussi… allez, 2 unités de rapide, une dose d’insuline lente et repos !

6h45 : glycémie au réveil : 1,8. La journée commence bien…

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  1. B Bisiaux

    Je pense que tous les diabetiques de type 1 se reconnaîtront dans cette journée
    Bien que ne travaillant pas,la mienne est la même !
    Avec ses hauts et ses bas à l infini.
    Je me dis au levée vivement ce soir car les journées sont très fatiguantes
    Et ma diabetologue qui me dit que non ,le diabète ne fatigue pas…

  2. manuela

    Tellement réaliste…

  3. Amice

    Et tous les jours ainsi. Épuisant.

  4. Bonjour Bertrand, je vous connais pour votre travail que j’aime beaucoup, mais ne vous savais pas diabétique de type 1. Je suis artiste, textes, photos, vidéos, et diabétique de type 1 depuis tout juste 1 ans. Tellement à partager, tellement douloureux. Pas tant la souffrance physique mais la souffrance du poids, de l’irréversibilité d’une condition qui ne laisse aucun répit. Toujours en contrôle. Pas de laisser-aller. Fini le lâcher-prise. Et même dans le contrôle on a des surprises de piques glycémiques qu’on avait pas vu venir. Et puis on repense à ce dîner de pâtes sans gluten constitué de farine de maïs et de riz blanc dit sucre lent mais qui vous a fait monter dans les tours car ce ne sont que des farines blanches sans fibres, sans filtre. Et puis aussi ce même soir où j’etais chez ce vieux pote à Londres à boire du vin rouge et à regarder des reality tv shows, j’ai bien fait ma rapide, mais j’ai oublié d’injecter ma lente… et voilà que j’ai passé une semaine à rétablir le taux. Et un dimanche entier à me sentir comme une moins que rien car j’avais augmenté ma lente et que ma glycémie était trop basse et que donc j’étais moi aussi down. Mais c’est pas la vie, juste ma vie. Seulement j’aimerai quelque fois faire comme tout le monde ou du moins certains et me venger de mon blues en goinfrant un pot de Nutella. Mais ce n’est jamais ce que je fais car j’ai trop peur d’avoir a rééquilibrer et à perdre mon énergie à ne penser qu’a cela. Le diabète de type 1 est une lutte contre une pensée vers soi et sur soi afin d’avancer avec avec et non plus contre. Mais cela reste une soufffance. Merci Bertrand d’avoir parlé de votre diabète.

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