Diabète et méchant

Tout espérer, ne rien attendre.

Témoignage d’un soldat du front de l’Est (partie 2)

C’est aujourd’hui samedi. Nous avons pour le moment conservé le système de garde pour le weekend. Mon collègue est au front ; nous, on se repose. Il est clair que l’on voudrait sauver le monde en deux jours. Il n’en sera rien, la crise s’annonce longue, gardons des forces. De la lucidité aussi ! Le nez dans le guidon, à répéter constamment la même chose, puis rentrer chez soi en écoutant le Pr SALOMON, sur France Info dans la voiture annoncer le décompte funeste…  Ce ne sont pas des conditions pour réfléchir, anticiper, construire une stratégie « militaire ». Il ne faut pas tomber dans la routine, dans une forme d’habituation. Il y a peu de temps, on se disait, waouh, il y a peut-être un cas à 100 km de chez nous, aujourd’hui, on annonce chacun à 15 – 20 personnes par jour qu’ils sont probablement atteints.

ETltZnqX0AUqR0YAprès le point quotidien du Directeur Général de la Santé, on fait ses calculs, combien de morts aujourd’hui ?
Personnellement, je compte en Airbus ! L’Italie voit tous les jours 2 à 3 Airbus se crasher ! Vous continuez à prendre l’avion dans ces conditions ? On en est à 1 Airbus moitié vide en France. Ça ne me donne pas plus envie de monter dans l’avion !
On commence à se faire une bonne idée de la maladie, de ses symptômes. En fait, ça peut être tout et rien. On perd parfois l’odorat, simplement, puis la fièvre et la toux débarquent. Une vilaine toux parfois. « J’ai juste mal à la gorge, c’est un coup de froid je pense »… Non ! Le coup de froid n’existait pas avant, il n’existe toujours pas. C’est une infection, et l’infection à la mode s’appelle COVID… « Vous vivez avec des personnes fragiles ? », « comptez à haute voix, on va regarder à combien vous devez reprendre votre respiration, vous pourrez le refaire chez vous tous les jours et m’appeler si ça se dégrade ! », « vous avez mal à la tête ? ».
Clairement le tableau est fluctuant, des jours avec et des jours sans. La fièvre peut être sérieuse, les courbatures massives. Sans le suggérer, les patients évoquent régulièrement un point sur le thorax, un étau, une douleur qui traverse, et fait mal dans le dos… « ‘comme si on m’appuyait dessus, comme si on marchait sur ma poitrine ».
« Ne vous tracassez pas. Dans ce cas, nous ne faisons pas de test, c’est inutile et nous devons les garder pour des cas stratégiques » « d’accord, je comprends », « mais je me permettrai de vous téléphoner dans 1 semaine pour prendre de vos nouvelles, et appelez-moi si vous avez une aggravation, je vous envoie des recommandations à suivre ! ». « N’hésitez pas à m’appeler, le cabinet est organisé pour, ne prenez pas d’initiative ! ».

« Contentez-vous du paracetamol et que ça… »     « … »       « non, promis, il ne faut rien prendre de plus contre vos maux de gorge ! Pas d’inhalation, pas de pshitt dans le nez, rien !!! » « vous risquez plus d’aggraver que de soulager ! »…

Les mails affluent, les infos se croisent et s’entrecroisent, on filtre un peu. La communication officielle est plutôt concise et utile.

contes-et-legendes-t21-les-metamorphoses-d-ovideLes métamorphoses de Covid… Tout s’est si vite transformé ! Nos sociétés étaient globales. En 2 claquements de doigts, on partait en weekend en Tunisie ou à Cuba. On faisait des voyages d’affaires en Chine. Le monde avait pris un rythme effréné. L’individualisme était la règle. Notre réussite ou notre survie passaient par la nécessaire domination sur l’autre. Tout était concours, classement, notation, questionnaire de satisfaction.
Du jour au lendemain, notre périmètre de vie se cantonne à quelques centaines de mètres, le strict nécessaire, on occupe son temps par des activités oubliées. Chronophage était un défaut, ça devient une qualité ! Éloge à la lenteur. On s’improvise prof ‘, on comprend vite que c’est aussi un métier…
Et l’individualisme est maintenant un concept aussi ringard que la société de consommation…
Alors oui, nous gardons nos vieux réflexes, ceux de la vie d’avant : le goût de dénoncer l’erreur, de valoriser la faute. Bien sûr qu’on rencontre des rebelles de pacotille qui pensent jouer les Galilée et détenir la vérité que tous ignorent. Que certains sont plus lents pour comprendre les 3 mots RESTEZ CHEZ VOUS… Bien sûr qu’il est plus confortable de dénoncer, de se définir comme abandonné, que les imbéciles du gouvernement font toujours le mauvais choix etc…

Mais la réalité est tout autre. La majorité d’entre nous joue le jeu, invente, innove, soutient ses proches. Notre société ne survit que par l’entraide.
Les artistes se produisent en « live at home », les sportifs proposent des exercices à faire la maison, (mes plus proches amis ont lancé un défi « escaliers à la maison » pour réussir à monter l’équivalent de l’Everest…), les plus amusants se donnent du mal pour filmer des saynètes poilantes. Et puis chacun propose ses services, cherche un moyen de participer à la mobilisation générale.
On applaudit aux fenêtres à 20h. Je suis conscient que ce n’est pas moi qu’on applaudit. Je pense à mes amis urgentistes, réanimateurs, infirmiers, aides-soignants, brancardiers, ambulanciers, pompiers. Ils sont confrontés à tellement pire. Continuons à les applaudir.
Les propositions spontanées de dépôt de masques se multiplient. C’est chouette, et toujours émouvant.
En fait, c’est carnaval ! On met des masques, les privilèges sont abolis, la hiérarchie sociale est inversée. L’hôpital, si rabaissé, si dégradé ces derniers temps est remis en haut, tout en haut de l’échelle sociale. Carnaval.
IMG_20200320_081617_resized_20200321_104204422On nous a proposé de la soupe, des cookies, de garder nos enfants, on nous a déposé de la confiture, des fleurs… Nous avons disposé les fleurs en rempart ! N’approchez pas de nos secrétaires… On a tant besoin d’elles !

Nos patients, voisins, amis sont formidables.

Les nouvelles du Grand Est (je m’aperçois en l’écrivant que l’on prononce Grand Test ! Prémonitoire !) ne sont pas bonnes… Mes Vosges suivent petit à petit l’Alsace, même si chez eux, c’est bien plus tendu, saturé ! La saturation est le nouveau spectre. c’est amusant, il y a quelques années, je me souviens d’une directrice d’hôpital toute heureuse d’annoncer un excellent taux de remplissage ! C’était l’époque où l’hôpital devait avant tout être rentable !!! Métamorphose…

Les maisons de retraite ne sont pas à la fête. « Le loup est entré dans la bergerie » dans bien des établissements. Les récits qu’en fait Alex, un collègue très impliqué dans un EHPAD proche où l’hécatombe a commencé sont glaçants.
Ça l’amuse ce COVID de bien insister sur les points faibles de nos sociétés. En période d’épidémie, les concentrations sociales sont à proscrire. Nous nous pensions immunisés contre les épidémies, on s’est entassés dans des villes, on a concentré nos anciens dans des EHPAD… Mauvaises idées.
C’est déstabilisant de voir notre toute-puissante médecine se casser les dents. J’avais déjà fait le deuil de la toute-puissance quand j’en ai moi-même eu besoin. On me parle de traitements, de vaccins. Oui bien sûr, que je les appelle de tous mes vœux, mais le timing sera mauvais… Vous imaginez le capitaine du Titanic envoyer un pigeon voyageur avec le message « besoin de plus de canots de sauvetage, vous seriez mignons de nous les livrer prestement ! »… L’épidémie est là !

Retour au nécessaire, à l’essentiel. La méditation m’aide. Je pense souvent à François BOURGOGNON et son livre « Ne laissez pas votre vie se terminer avant même de l’avoir commencée », où il développe l’idée que la confrontation réelle ou virtuelle à la mort permet de hiérarchiser ses propres valeurs. Séances mondiales de mindfulness !
Lire et écrire. La belle idée !

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Lisons, c’est tellement bon. Je viens de finir « La revanche d’une autruche : histoire d’un médecin qui est tombé malade » par Tayra Teïso (c’est un pseudo) – édition Amazon, c’est presque mon histoire, mais ce n’est pas de moi, promis. En tout cas c’est top !

 

 

 

Écrivons aussi. Moi ça me soulage, ça m’apaise, ça éclaircit mes pensées, ça précise mes sentiments, ça ralentit mes émotions…

Écrivons à nos proches. Il vaut mieux envoyer en mail (plus sain !), qu’une lettre manuscrite, même si c’est moins classe…

L’excellent Gaël LEGRAS, dans un portrait qui lui était consacré, m’a enseigné cette citation d’Henri POINCARÉ (mathématicien nancéien, cousin du futur président Poincaré, et qui donna son nom à l’université de mes études) : « Douter de tout ou tout croire sont deux solutions également commodes, qui nous dispensent de réfléchir ».

Ça fait réfléchir.

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  1. Anne Durand

    Durand Anne

    Merci pour ce partage ! Confinés avec deux ados DT1, la boule au ventre… prenez soin de vous. Toutes nos pensées vous accompagnent.
    Bien chaleureusement,
    Anne.

  2. Marie

    Merci pour ce post.
    Respirer, méditer, lire, écrire, faire de l’exercice. Il y a plein de vidéos de chi gong qui sont faciles à suivre et qui font beaucoup de bien.

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